Le roman de la réconciliation

Publié le par Djarmouni Fateh

 Toute révolution a ses poètes qui la chantent, la glorifient et l’inscrivent dans l’histoire. Souvent, ils s’appuient sur des faits aussi clairs que le jour et que certains voudraient voir mourir dans la nuit pour donner forme à leurs créations. Nombreux sont les écrivains algériens d’expression française qui nous ont ému à travers des récits à la tonalité épique. Leurs héros suivent des parcours souvent initiatiques avant d’entreprendre des actions éthiques. Leur charisme est si puissant que le lecteur s’identifie à eux et ressente une certaine fierté à être le prolongement de cette lumière qui éclaira ce pays.

           Nul doute aussi, que cette même révolution a son coté obscur et dont personne ne veut parler. L’opinion publique algérienne a longtemps été nourrie par des clichés et autres stéréotypes que le pouvoir, durant près de quarante ans, à installé confortablement dans l’inconscient collectif.

Ce que le jour doit à la nuit, est peut être un éclairage que fait Y.K sur les zones d’ombre de la guerre d’Algérie. Il se veut un témoignage, après que les plaies soient un peu refermées, de gens qui malgré eux soit pris dans la spirale de la guerre. C’est le cas de Younes/ Jonas qui en hébreux désigne la colombe symbole de paix, qui se retrouve à servir la cause nationale sans qu’il eut le désir et la volonté franche de le faire. Cette œuvre de Y.K se lit aussi comme un discours subversif contre cette vision un peu univoque de la guerre de libération nationale, véhiculée depuis toujours par les écrivains algériens.

             Le personnage narrateur Younes/Jonas, est représentatif du héros Algérien dans toute sa complexité. Il est le pur produit de l’école française et la preuve vivante du génie algérien. A l’instar du héros de Malek Haddad, le héros de ce récit est perdu lui aussi dans un monde qu’il ne comprend plus. Il est dans une errance totale. « c’était curieux. J’étais l’amour et la haine ficelés dans un même ballot, captif d’une même camisole. Je glissais vers quelque chose que j’étais incapable de définir et qui m’étirait dans tous les sens en déformant mon discernement, mes fibres, mes repères[…]. J’étais en colère ; une colère sournoise, corrosive. J’étais jaloux de voir les autres retrouver leurs marques tandis que mon monde se désarticulait autour de moi. » p 393. Ed Sédia.

               Tantôt Younes et tantôt Jonas, telle une pièce de monnaie ce personnage chavire d’un coté et retombe de l’autre. Cet être de papier, déchiré par la guerre, est doublement affecté. La question qui le hante certainement serait : contre qui se battre ? Devrait-il se dresser contre ses amis juifs et français avec qui, il partage toute sa vie ? Contre sa mère adoptive qui l’a chéri et aimé toutes ces années ? Ou alors contre ce système qui a fait de lui un citoyen civilisé et cultivé ?

               Devrait-il alors tourner le dos aux siens avec qui, il a la conviction de partager des siècles de vie commune ? Abandonnera-t-il cette terre qui l’a vue naître et l’a vue pousser comme elle l’a fait jadis pour ses aïeux ? Devrait-t-il ignorer ce soleil de plomb que la peau nue des siens reconnait tellement ?

C’est effectivement un grand dilemme pour ce personnage qui rappelle un peu Meurseault de Camus que rien ne semble affecter. En effet, Jonas se met à servir la guerre sous la menace de Jelloul mais le cœur libre de Younes est avec Emilie. A ce moment du récit où la guerre semble battre son plein, Jonas est en guerre contre lui-même. « Il n’y avait pas de doute : J’étais en guerre ouverte contre moi-même. » P 396.

               Y.K s’est accaparé du thème du déchirement plus que celui du combat dans ce roman qui est publié en 2008, c'est-à-dire quarante six ans après l’indépendance ; non pas faute d’une prise de position tranchante et sans équivoque mais parce que le temps est à la réconciliation. Dans son humanisme débordant khadra à compris que la haine n’engendre que la haine et qu’il faudrait dépasser ses complexes si l’on voudrait progresser. Il a fait parler ses personnages comme jamais autre écrivain ne l’avait fait avant lui pour qu’on puisse enfin comprendre et qu’on évite dorénavant de condamner.

                C’est un roman qui déborde d’émotions, et qui rappelle aux hommes que même la guerre ne peut se mettre en travers de l’amitié et de l’amour.

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